Le cerf malade

Voici une fable de La Fontaine beaucoup moins célèbre que d’autres mais qui mérite qu’on s’y attarde pour une vérité toujours très actuelle. Gustave Doré a été très inspiré par cette thématique puiqu’il nous a laissé deux illustrations.

En pays pleins de Cerfs un Cerf tomba malade.
Incontinent maint Camarade
Accourt à son grabat le voir, le secourir,
Le consoler du moins ; multitude importune.
Eh ! Messieurs, laissez-moi mourir.
Permettez qu’en forme commune
La Parque m’expédie, et finissez vos pleurs.

Pauvre cerf malade qui voit arriver près de lui d’autres cerfs venus le secourir si possible. Ce que refuse catégoriquement l’animal. La Parque fait référence aux trois divinités mythologiques qui contrôlent la destinée humaine, de la naissance à la mort.

Point du tout : les Consolateurs
De ce triste devoir tout au long s’acquittèrent :
Quand il plut à Dieu s’en allèrent.
Ce ne fut pas sans boire un coup,
C’est-à-dire sans prendre un droit de pâturage.
Tout se mit à brouter les bois du voisinage.

Notre cerf se voit donc entouré de prédateurs qui sous prétexte de l’aider, ne font en fait que profiter de sa faiblesse pour lui voler sa nourriture… Pour la dernière partie de la fable, voici l’illustration de Jean-Baptiste Oudry.

La pitance du Cerf en déchut de beaucoup.
Il ne trouva plus rien à frire.
D’un mal il tomba dans un pire,
Et se vit réduit à la fin
À jeûner et mourir de faim.
Il en coûte à qui vous réclame,
Médecins du corps et de l’âme.
Ô temps, ô mœurs ! J’ai beau crier,
Tout le monde se fait payer.

Après le départ de ces « consolateurs », notre cerf est encore plus démuni. La Fontaine fait référence aux médecins qui savent se faire payer, mais on peut aussi penser à tous ces profiteurs de la détresse humaine, ce qui n’a guère changé depuis l’écriture de cette fable.

Merci à la bibliothèque du Grand Auch pour les photos de ses fonds patrimoniaux.

9 réflexions sur “Le cerf malade

  1. Il faut dire que JB en avait gros sur la patate contre les médecins…et se servait si bien des mots pour expurger son dédain et sa peine. Bon, je ne suis pas certain que les autres animaux viennent pour se faire payer et la métaphore n’est pas la meilleure qu’il ait jamais trouvée mais reste que l’écriture, la poésie est toujours magistrale. Salut à toi Domi et merci de ces trouvailles.

    • En fait, je cherche toujours des fables assez courtes et pour lesquelles j’ai des illustrations venant de la bibliothèque où je travaillais. C’est vrai que cette fable n’est pas la plus évidente et je l’ai découverte en faisant mon article. Bonne soirée.

  2. C’est tout à ton honneur de nous faire découvrir cette littérature moins connue. Continue ! C’est un beau travail !

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