Le berger et la mer

La fable de La Fontaine dont je vais vous parler aujourd’hui ne fait pas partie des plus célèbres. Pourtant la morale vous semblera familière. Voici donc le début de l’histoire illustré par Gustave Doré.

Du rapport d’un troupeau, dont il vivait sans soins,
Se contenta longtemps un voisin d’Amphitrite :
Si sa fortune était petite,
Elle était sûre tout au moins.
A la fin, les trésors déchargés sur la plage
Le tentèrent si bien qu’il vendit son troupeau,
Trafiqua de l’argent, le mit entier sur l’eau.
Cet argent périt par naufrage.

Ce berger mal inspiré va tirer un enseignement salutaire de sa regrettable cupidité, comme nous l’apprend la suite de la fable toujours illustrée par Gustave Doré.

“Son maître fut réduit à garder les Brebis,
Non plus Berger en chef comme il était jadis,
Quand ses propres Moutons paissaient sur le rivage :
Celui qui s’était vu Coridon ou Tircis
Fut Pierrot, et rien davantage.
Au bout de quelque temps il fit quelques profits,
Racheta des bêtes à laine ;
Et comme un jour les vents, retenant leur haleine,
Laissaient paisiblement aborder les vaisseaux :
« Vous voulez de l’argent, ô Mesdames les Eaux,
Dit-il ; adressez-vous, je vous prie, à quelque autre :
Ma foi ! vous n’aurez pas le nôtre. » ”

Ayant perdu une première fois son troupeau par désir de richesses, le berger trouve le courage de supporter une condition de travail difficile où il n’est plus son propre chef. Au bout du compte, il réussit par son endurance à racheter des bêtes et à ne plus céder à la tentation d’une illusoire fortune. C’est ce qui est dit dans la morale illustrée cette fois par Jean-Baptiste Oudry

“Ceci n’est pas un conte à plaisir inventé.
Je me sers de la vérité
Pour montrer, par expérience,
Qu’un sou, quand il est assuré,
Vaut mieux que cinq en espérance ;
Qu’il se faut contenter de sa condition ;
Qu’aux conseils de la Mer et de l’Ambition
Nous devons fermer les oreilles.
Pour un qui s’en louera, dix mille s’en plaindront.
La Mer promet monts et merveilles ;
Fiez-vous-y, les vents et les voleurs viendront.”

On retrouve la même philosophie dans le proverbe « Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras ». Bien avant La Fontaine, Ésope avait écrit une fable dont s’est inspiré le célèbre fabuliste. Vous pouvez retrouver ce texte sur ce site et choisir la version que vous préférez…

Merci à la bibliothèque du Grand Auch pour les photos de ses fonds patrimoniaux.

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