Bib’n blog : Des orgues hydrauliques

Dans le précédent article – Séville 9 – où j’évoquais l’orgue hydraulique de l’Alcazar, j’ai fait référence à un article que j’avais écrit il y a quelques années sur Bib’n blog, le blog de la bibliothèque d’Auch où je travaillais. Voici cet article.

Pour la plupart d’entre nous, un orgue nécessite l’intervention d’un musicien. Pourtant d’autres instruments de ce type produisent des notes d’une tout autre façon : ici l’interprète est l’eau… De ces orgues hydrauliques on apprend beaucoup en consultant un ouvrage de Gaspar Schott intitulé Mechanica Hydraulico-pneumatica. Même si l’on ne pratique pas la langue latine, les gravures présentes dans cet ouvrage étonnant permettent d’appréhender le fonctionnement de ce qu’il faut bien appeler des automates. Ici, l’orgue n’a pas grand chose de commun avec le magnifique instrument que nous connaissons tous. Pourtant, il représente un maillon fascinant de son histoire…

Dans l’Antiquité naît l’ancêtre de l’orgue appelé hydraule construit par Cstésibios d’Alexandrie et décrit par Héron d’Alexandrie. Ces premiers instruments fonctionnent à l’eau (hydros en grec) et à l’air (aulos signifie flûte en grec) d’où le nom d’orgue hydraulique. Il faut ajouter que les automates trouvent aussi leur origine dans cette période féconde de l’histoire.

Beaucoup plus tard, à la fin du XVIe siècle, apparaissent en Italie, puis dans les jardins des cours européennes, des automates comme ceux qui figurent dans les gravures des ouvrages de Gaspar Schott. Comme nous l’apprend l’article passionnant d’Hervé BrunonArs naturans, ou l’immanence du principe – Nicolas Audebert, poète orléanais, visitant les jardins de la villa d’Este à Tivoli, s’émerveille devant l’orgue hydraulique conçu par un fontainier français Claude Venard :

Ces orgues sans aide de personne sonnent une chanson de musique avec toutes ses parties, non moins bien et mélodieusement avec ses mesures et fredons, que pourrait faire le plus excellent joueur[…]

La mode de ces réalisations fastueuses et sophistiquées conduit à des œuvres très particulières comme le sont par exemple les grottes de Saint-Germain-en-Laye conçues pour le divertissement du Roi Henri IV et de ses convives.

La seconde grotte (grotte des Orgues, au Nord) était habitée par une jeune et belle nymphe, dont les doigts, mis en mouvement par la force des eaux, faisaient sortir d’un orgue tantôt des accords doux et mélancoliques, tantôt des airs de chasse et de guerre.

Les créateurs de ces savants systèmes hydrauliques viennent de Florence. Ils s’appellent Thomas et Alexandre Francini. On retrouve le nom de cette célèbre dynastie de fontainiers dans la conception des fontaines du Roi à Versailles.

Ainsi, les étonnantes gravures présentes dans les ouvrages de Gaspar Schott nous ont permis de découvrir les aspects les plus insolites de l’histoire riche d’un instrument très ancien. Après avoir lu cet article, lorsque vous écouterez une pièce pour orgue, peut-être en fermant les yeux entendrez-vous les mélodies étranges des orgues hydrauliques de la Renaissance…

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