La montagne qui accouche

Les fables qui suivent, bien qu’écrites il y a fort longtemps, conservent aujourd’hui tout leur sens. Ces trois versions d’un même sujet, nous les devons à trois auteurs dont le plus connu est La Fontaine. Gustave Doré, dans son illustration, met en scène Don Quichotte dont les ambitions démesurées font écho au texte de la fable.

Voici donc pour commencer La Montagne qui accouche que tous les amateurs de La Fontaine connaissent :

“Une Montagne en mal d’enfant
Jetait une clameur si haute,
Que chacun, au bruit accourant,
Crut qu’elle accoucherait, sans faute,
D’une cité plus grosse que Paris ;
Elle accoucha d’une souris.
Quand je songe à cette fable,
Dont le récit est menteur
Et le sens est véritable,
Je me figure un auteur
Qui dit : « Je chanterai la guerre
Que firent les Titans au Maître du tonnerre.»
C’est promettre beaucoup : mais qu’en sort-il souvent ?
Du vent.”

On pourrait résumer la fable en un titre emprunté à William Shakespeare : beaucoup de bruit pour rien… Jean-Baptiste Oudry, contrairement à Gustave Doré, donne une représentation assez proche du texte.

Bien avant La Fontaine, Ésope avait écrit un bref récit intitulé De l’accouchement d’une montagne :

“Il courut autrefois un bruit, qu’une Montagne devait enfanter. En effet elle poussait des cris épouvantables, qui semblaient menacer le monde de quelque grand prodige. Tout le Peuple étonné de ce bruit, se rendit en foule au pied de la Montagne, pour voir à quoi aboutirait tout ce fracas. On se préparait déjà à voir sortir un Monstre horrible des entrailles de la Montagne ; mais après avoir longtemps attendu avec une grande impatience, on vit enfin sortir un Rat de son sein. Ce spectacle excita la risée de tous les assistants.”

L’illustration qui suit, nous la devons à Eugène Lambert.

Cette même fable, on la retrouve sous le titre La Montagne qui accouche résumée par Phèdre en quatre phrases qui disent tout :

“Une Montagne en mal d’enfant poussait des cris effroyables.
Tout le monde s’attendait à un grand événement.
Elle accoucha d’une souris.
Ceci te regarde, toi qui fais de grandes promesses, et ne nous donnes rien de bon.”

Ici, la fable est proche du proverbe.

Pour nous qui vivons une époque rythmée par la confusion permanente des informations contradictoires ou pléthoriques sur les sujets les plus variés, on ne peut qu’être frappé par l’éternelle vérité de ces trois textes. Comment ne pas songer à tous ces événements qui jalonnent l’actualité du monde et que les médias amplifient le temps d’un scoop pour parfois déboucher sur… du vent.

Merci à la bibliothèque du Grand Auch pour les photos de ses fonds patrimoniaux.

2 réflexions sur “La montagne qui accouche

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