L’avare qui a perdu son trésor

Voici un sujet qui ne se démode pas : l’argent et la cupidité. Remettons-nous en tête la fable de La Fontaine qui nous fait le portrait d’un avare et de ses obsessions.

“L’usage seulement fait la possession.
Je demande à ces gens de qui la passion
Est d’entasser toujours, mettre somme sur somme,
Quel avantage ils ont que n’ait pas un autre homme.
Diogène là-bas est aussi riche qu’eux,
Et l’avare ici-haut comme lui vit en gueux.
L’homme au trésor caché qu’Esope nous propose,
Servira d’exemple à la chose.
Ce malheureux attendait
Pour jouir de son bien une seconde vie ;
Ne possédait pas l’or, mais l’or le possédait.”

Le début de la fable fait allusion à Ésope qui, comme bien souvent, a inspiré La Fontaine. Ce que le fabuliste grec développe en peu de mots, La Fontaine en fait un récit abouti que les illustrateurs n’ont eu aucun mal à nous représenter, à commencer bien sûr par le célèbre Gustave Doré.

“Il avait dans la terre une somme enfouie,
Son cœur avec, n’ayant autre déduit
Que d’y ruminer jour et nuit,
Et rendre sa chevance à lui-même sacrée.
Qu’il allât ou qu’il vînt, qu’il bût ou qu’il mangeât,
On l’eût pris de bien court, à moins qu’il ne songeât
À l’endroit où gisait cette somme enterrée.
Il y fit tant de tours qu’un fossoyeur le vit,
Se douta du dépôt, l’enleva sans rien dire.
Notre avare un beau jour ne trouva que le nid.
Voilà mon homme aux pleurs ; il gémit, il soupire.
Il se tourmente, il se déchire.”

Pauvre avare qui, égaré par sa cupidité et sa bêtise, a préféré enterrer son trésor plutôt que d’y toucher !

L’aveuglement de cet homme cupide lui fait commettre tant d’imprudences qu’un voleur s’empare du trésor.

“Un passant lui demande à quel sujet ses cris.
C’est mon trésor que l’on m’a pris.
– Votre trésor ? où pris ? – Tout joignant cette pierre.
– Eh ! sommes-nous en temps de guerre,
Pour l’apporter si loin ? N’eussiez-vous pas mieux fait
De le laisser chez vous en votre cabinet,
Que de le changer de demeure ?
Vous auriez pu sans peine y puiser à toute heure.
– À toute heure ? bons Dieux ! ne tient-il qu’à cela ?
L’argent vient-il comme il s’en va ?
Je n’y touchais jamais. – Dites-moi donc, de grâce,
Reprit l’autre, pourquoi vous vous affligez tant,
Puisque vous ne touchiez jamais à cet argent :
Mettez une pierre à la place,
Elle vous vaudra tout autant.”

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L’argent et l’avarice ont de tout temps inspiré la littérature. La marmite de Plaute et L’avare de Molière en sont certainement les exemples les plus connus. Mais il y en a bien d’autres… et ce n’est pas fini !

Merci à la bibliothèque du Grand Auch pour les photos de ses fonds patrimoniaux.

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