Journal d’une voisine, de Doris Lessing

doris lessing 2J’ai déjà évoqué ici et ailleurs l’importance de Doris Lessing dans ma vie. Je n’en ai jamais fini avec elle et sa disparition il y a trois ans n’a rien changé pour moi : ses mots continuent de me toucher. Le Journal d’une voisine, publié en 1983 sous le pseudonyme de Jane Somers est un roman audacieux sur des sujets très délicats : la vieillesse, la solitude, la misère, la maladie et la mort. Pas étonnant que son éditeur habituel ait refusé la publication de ce texte dérangeant ! Mais il n’est pas un sujet que Doris Lessing n’ait osé aborder… Dès les premières pages, le ton est donné.

“Je me disais que tous les jours je filais sur ces trottoirs sans avoir jamais vu Mrs. Fowler qui, pourtant, habitait près de chez moi ; et, tout d’un coup, je me suis mise à observer les rues, et j’ai vu les vieilles femmes. Il y avait aussi des hommes âgés, mais surtout des vieilles femmes qui déambulaient lentement […] Je ne les avais jamais vues. C’est parce que j’avais peur de leur ressembler.”

La femme qui écrit ces lignes est encore jeune et brillante ; son amitié avec Maudie si âgée et misérable semble donc incompréhensible pour les proches de Janna. D’ailleurs elle-même s’interroge sur ses doris lessing 3motivations, jusqu’à comprendre que cette vieille femme est simplement attachante malgré ses accès de colère.

“Elle frissonnait de froid et elle était malade, et faible, mais je sentais battre en elle la vitalité : la vie. Qu’elle est forte, la vie. Je n’y avais jamais pensé ainsi, jamais ressenti la vie de cette manière, avant de me mettre à laver Maudie Fowler, la farouche vieille femme en colère.”

Pour parler de ces questions importantes pour chacun et que l’on préfère souvent occulter, Doris Lessing a cette humanité extraordinaire qui lui donne les mots justes et sensibles.

“Maudie estime qu’il est injuste qu’elle soit en train de mourir.
Hier, elle a répété dans un murmure doux et rapide : « Une tragédie, une tragédie, une tragédie. » Et je m’entends dire sur un ton qui n’a plus rien à voir avec le ton enjôleur et sucré de l’hôpital : « Mais, Maudie, vous avez quatre-vingt-douze ans. »
Elle a lentement tourné la tête vers moi, et j’ai vu l’éclat de ses yeux bleus. Furieux.”

En parlant de la mort, Doris Lessing fait inlassablement l’éloge de la vie et de la résistance… Magnifique femme qui m’apprend encore et encore les chemins de la vie !

NOTES

 

 

2 réflexions sur “Journal d’une voisine, de Doris Lessing

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