Le chêne et le roseau

En ces temps difficiles, on peut sans fin puiser dans les fables de La Fontaine ou d’autres. Le chêne et le roseau fait partie de ces textes importants, toujours d’actualité. Pour commencer, l’arbre si fort étale sa suffisance devant plus petit et plus vulnérable que lui.

CHENE ROSEAU 1 - LA FONTAINE - DORE

Le Chêne un jour dit au Roseau :
« Vous avez bien sujet d’accuser la Nature ;
Un Roitelet pour vous est un pesant fardeau.
Le moindre vent, qui d’aventure
Fait rider la face de l’eau,
Vous oblige à baisser la tête :
Cependant que mon front, au Caucase pareil,
Non content d’arrêter les rayons du soleil,
Brave l’effort de la tempête.
Tout vous est Aquilon, tout me semble Zéphyr.

CHENE ROSEAU 2 - LA FONTAINE - DORE

Affichant sa condescendance envers le roseau, le chêne pousse encore plus loin son propos en critiquant la nature si injuste…

Encor si vous naissiez à l’abri du feuillage
Dont je couvre le voisinage,
Vous n’auriez pas tant à souffrir :
Je vous défendrais de l’orage ;
Mais vous naissez le plus souvent
Sur les humides bords des Royaumes du vent.
La nature envers vous me semble bien injuste.
– Votre compassion, lui répondit l’Arbuste,
Part d’un bon naturel ; mais quittez ce souci.
Les vents me sont moins qu’à vous redoutables.

CHENE ROSEAU 3 - LA FONTAINE - DORE
La réponse magnifique du roseau apporte encore matière à réflexion pour nous tous. Souplesse, adaptation, diplomatie ou résistance immobile sont quelques-unes des clés de l’interprétation.

Je plie, et ne romps pas. Vous avez jusqu’ici
Contre leurs coups épouvantables
Résisté sans courber le dos ;
Mais attendons la fin. « Comme il disait ces mots,
Du bout de l’horizon accourt avec furie
Le plus terrible des enfants
Que le Nord eût portés jusque-là dans ses flancs.
L’Arbre tient bon ; le Roseau plie.
Le vent redouble ses efforts,
Et fait si bien qu’il déracine
Celui de qui la tête au Ciel était voisine
Et dont les pieds touchaient à l’Empire des Morts.

CHENE ROSEAU lambert

La fable se termine par l’anéantissement de celui qui se croyait indestructible, tandis que l’humble roseau a su résister aux colères de la nature. Le chêne, si majestueux et imposant a sous-estimé les forces qui le faisaient vivre. Son orgueil et son mépris ont provoqué sa chute.

Les mots de La Fontaine peuvent encore éclairer les hommes d’aujourd’hui confrontés à leur influence néfaste sur la Terre dont ils commencent à voir les effets par les dérèglements du climat. Quant à la faiblesse cachée du chêne arrogant, espérons qu’elle se révèle de même pour les barbares insolents qui prétendent anéantir l’humanité, la liberté et la culture…

Merci à la bibliothèque du Grand Auch pour les photos de ses fonds patrimoniaux.

NOTES

 

2 réflexions sur “Le chêne et le roseau

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