Depardieu, un géant si fragile

Comment trouver les mots justes pour parler du géant Depardieu : un acteur d’exception dont on a pu admirer le talent dans des registres très différents ? Un colosse rabelaisien capable de s’emporter ou de murmurer, de rire ou de pleurer ? Un immense interprète que l’on ne peut que saluer ? Un homme excessif dans ses passions, ses douleurs, ses défauts ? Un petit voyou qui a su saisir des opportunités ? Ou peut-être simplement un homme blessé que son art a transcendé ? En lisant son livre Ça s’est fait comme ça, on découvre toute l’âpreté de la jeunesse de Gérard Depardieu.

DEPARDIEU CHATEAUROUX

“J’ai survécu à toutes les violences que ma pauvre mère s’est infligées avec ses aiguilles à tricoter, ses queues de cerises, ses machins… Ce troisième enfant qu’elle ne voulait pas, c’était moi, Gérard. J’ai survécu. Elle m’a raconté tout ça, la Lilette.  » Dire  qu’on  a  failli  te  tuer, toi !  » ”

La pire entrée dans la vie qui soit… Et ce n’était que le début de galères enfantines comme elle ne doivent pas arriver. Gérard Depardieu nous livre dans cet étonnant récit les douleurs les plus insoutenables auxquelles il a résisté jusqu’à paraître insensible. Il a accroché un sourire à son visage, comme son père lui avait dit de le faire et a grandi dans la rue jusqu’à l’interdit, jusqu’à la prison où un psychologue l’éveille à lui-même :

“ « Tu as des mains de sculpteur […] – De sculpteur ? Mais je ne sais même pas dessiner ! – Quelle importance ? Tu as des mains puissantes et belles, faites pour pétrir, pour modeler… » […] Je suis encore un enfant, si cet homme voit en moi un sculpteur, un artiste, alors c’est sûrement que je vaux mieux que le voyou dont j’étais en train de revêtir l’habit.”

Plus tard, la rencontre avec le théâtre le bouleverse complètement. Un jour à Châteauroux, caché derrière la scène, il découvre Don Juan et tombe sous le charme de mots qu’il ne comprend pas. Plus tard, face à Jean-Laurent Cochet qui lui a demandé de préparer un texte, il n’arrive pas à parler. Patiemment, le professeur va faire jaillir les mots de la bouche de Depardieu, l’aider à retrouver la parole perdue, grâce à celle des autres.

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“Sur un seul mot, je peux me mettre à déclamer toute une scène, grisé par la musique et sans avoir le sentiment de faire appel à ma mémoire, comme si ces mots-là étaient devenus les miens, comme si j’incarnais le texte, ce qui est véritablement jouer.[…] étant étonnamment vide d’inhibitions, vide de moi-même peut-être – Mais pourquoi ? Est-ce parce que j’ai si peu reçu ? -, aussi vide qu’une page blanche en quelque sorte, j’ai une facilité naturelle à laisser entrer un personnage en moi, à porter sa voix et son destin.”

Bien au-delà de son histoire d’acteur hors du commun, Gérard Depardieu révèle ici la part intime d’un gamin des rues qui a poussé solitaire et dont la parole confisquée a trouvé la meilleure voie qui soit pour exprimer toutes les émotions humaines. Chapeau bas, Monsieur Depardieu !

NOTES

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