Le vicomte pourfendu, d’Italo Calvino

Italo Calvino, August 1983 /Irving Penn /sc

Comment ne pas résister à l’inventivité étonnante d’Italo Calvino, capable de concevoir à partir d’une absurdité, un conte philosophique cruel et sensible à la fois. Ce premier roman de la trilogie Les ancêtres nous plonge d’emblée dans une invraisemblance : le vicomte Médard de Terralba, parti faire la guerre aux Turcs, aborde stupidement un canon de face et se trouve pulvérisé… Ce qui reste de lui est récupéré sur le champ de bataille et livré au savoir-faire des médecins.

vicomte“S’il ne mourait pas entre-temps, ils allaient essayer de le sauver. Et tous de s’occuper de lui pendant que les pauvres soldats qui n’avaient reçu qu’une flèche dans le bras mouraient de septicémie. Ils firent des coutures, des applications… Dieu sait ce qu’ils firent ! Quoi qu’il en soit, le lendemain, mon oncle ouvrait son unique œil, sa demi-bouche, dilatait sa narine et respirait. La forte fibre des Terralba avait tenu. Il était, maintenant, vivant et pourfendu.”

Aberration vivante, Médard ne possède plus que la moitié droite de son corps et ce n’est pas la meilleure ! Désormais, seul le mal règne dans cette monstruosité. Revenu sur ses terres, le vicomte multiplie les actes de cruauté, dont les premières victimes sont ses proches : son père dont il provoque la mort dès son retour, et sa nourrice qu’il exile chez les lépreux. Jusqu’au jour où surgit une autre moitié de Médard, aussi bonne que l’autre est mauvaise. De leur confrontation, Italo Calvino, fait une fable incisive qu’il conduit avec brio pour le plus grand régal de ses lecteurs. Du grand art !

NOTES

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