20000 lieues… et l’obscurité

Il fallait absolument que je vienne raconter ici, même avec quelques jours de retard, un spectacle insolite, une expérience artistique d’un genre nouveau dont j’ai gardé un souvenir extrêmement vif. Ce moment singulier, je l’ai vécu grâce à la compagnie Intérieur Nuit qui propose dans un « auditorium obscur » un « audiospectacle ». Installés dans des chaises longues dotées de haut-parleurs, les spectateurs, en nombre réduit, se laissent emporter dans une aventure surprenante où l’ouïe devient le sens dominant.

audio théatre

Pendant plusieurs jours, la compagnie Intérieur Nuit a ainsi présenté au public auscitain des œuvres très différentes : Fragmentations, d’Antonin Artaud ; Melancholia 1, de Jon Fosse ; L’invité de Dracula, de Bram Stoker ; L’opéra ovale, sur le thème du rugby ; La Marque jaune, d’après Edgar-P. Jacobs et 20000 lieues sous les mers, d’après Jules VerneToutes ces propositions avaient de quoi séduire des personnes très différentes. Pour ma part, certains thèmes me semblaient peut-être délicats à aborder dans l’obscurité : la voix exaltée d’Antonin Artaud ou le monde effrayant de Bram Stoker par exemple. Lire un texte de ces auteurs est une chose, vivre leurs mots dans le noir, ce n’est pas du tout la même histoire !

20000 lieues sous les mers

Je m’étais donc décidée pour un texte dont je connaissais les ressorts fantastiques et qui – je le pensais – prendrait dans l’obscurité un relief intéressant. Et je me suis régalée ! Les voix des personnages se répercutant dans des coins différents de l’auditorium, avec des tonalités qui permettaient clairement d’identifier chaque acteur de l’histoire, les effets sonores permettant de VOIR le Nautilus lorsqu’il apparaît pour la première fois dans le récit, les bruits de machines, les pas sur le sol, l’emballement des moteurs en pleine puissance et pour finir ces hublots qui s’ouvrent devant nous et nous immergent dans les fonds sous-marins avant de se refermer comme des yeux, puis de se rouvrir sous les glaces… tout était si puissamment exprimé qu’on oubliait presque l’obscurité, tant nos yeux étaient tournés vers l’intérieur, vers la narration intime de notre esprit. La découverte du texte n’en était que plus intense et l’on comprend parfaitement la phrase de Jean-Jacques Rousseau qui inspire tant la compagnie Intérieur Nuit : « Parce qu’en voyant moins, on imagine davantage… » Pari réussi ! Bravo !

NOTES

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