La grenouille et le boeuf

Qui d’entre nous ne connaît la célèbre fable de la grenouille envieuse du bœuf qui rêve d’égaler une si belle taille ? Bien sûr, comme souvent, c’est la version de la Fontaine que nous pouvons tous réciter presque sans nous tromper, tant les images qu’elle évoque sont frappantes. Il faut dire que le célèbre fabuliste s’est ici surpassé dans le choix des mots et du ton.

GRENOUILLE LAMBERT

“ Une Grenouille vit un Boeuf
Qui lui sembla de belle taille.
Elle, qui n’était pas grosse en tout comme un oeuf,
Envieuse, s’étend, et s’enfle, et se travaille,
Pour égaler l’animal en grosseur,
Disant : « Regardez bien, ma soeur ;
Est-ce assez ? dites-moi ; n’y suis-je point encore ?
– Nenni. – M’y voici donc ? – Point du tout. – M’y voilà ?
– Vous n’en approchez point. » La chétive pécore

S’enfla si bien qu’elle creva. […] ”

Cet animal jaloux qui oublie toute prudence pour parvenir à ses fins, est une caricature de beaucoup d’entre nous, hommes et femmes rêvant du pouvoir, de la fortune, de l’intelligence, de la beauté possédés par l’autre, tous les autres ! Le dépit peut pousser aux pires extrémités. Pour être reconnu, l’envieux imite celui qui paraît le plus fort, le plus beau, le plus doué. Après tout, cela peut se comprendre… La Fontaine n’a-t-il pas imité Ésope ou Phèdre ? Il est vrai que des siècles séparaient ces auteurs. Personnellement j’aime assez la version de Phèdre, assez concise et efficace :

VIEWTY2

“ […] Une Grenouille vit un Bœuf dans une prairie. Jalouse d’une taille si belle, elle gonfle sa peau ridée ; puis demande à ses petits si elle n’est pas plus grosse que le Bœuf. Ils lui disent que non. De nouveau elle s’enfle, fait plus d’efforts, et demande encore qui est le plus gros. Ils répondent : « C’est le Bœuf. » Enfin, de dépit, elle veut se gonfler encore, mais son corps crève, et elle périt. 

Enfin, pour que le tableau soit complet, il nous faut ici donner la version première, celle d’Ésope, dont les deux précédentes sont inspirées :

GRENOUILLE BOEUF - PHEDRE

“ La Grenouille ayant un jour aperçu un Bœuf qui paissait dans une prairie, se flatta de pouvoir devenir aussi grosse que cet animal. Elle fit donc de grands efforts pour enfler les rides de son corps, et demanda à ses compagnes si sa taille commençait à approcher de celle du Boeuf. Elles lui répondirent que non. Elle fit donc de nouveaux efforts pour s’enfler toujours de plus en plus, et demanda encore une autre fois aux Grenouilles si elle égalait à peu près la grosseur du Boeuf. Elles lui firent la même réponse que la première fois. La Grenouille ne changea pas pour cela de dessein ; mais la violence qu’elle se fit pour s’enfler fut si grande, qu’elle en creva sur-le-champ. 

Ce qui, finalement, est le plus intéressant, c’est que chaque époque a produit des fabulistes et que cette tradition se perpétue. Il faut dire que les défauts des hommes ne sont pas près de disparaître et la fable est un procédé intéressant pour mettre en scène le ridicule de nos prétentions…

Merci à la bibliothèque d’Auch pour les photos de ses fonds patrimoniaux.

NOTES

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