La lettre au père Noël

Cette année-là, juste avant d’entreprendre sa tournée de livraison aux quatre coins du monde, le père Noël reçut une bien curieuse lettre assez mal écrite, pleine de pâtés. Au premier abord, on pouvait même penser que le ou plutôt les auteurs étaient de vrais cochons qui n’avaient pas appris à écrire et savaient à peine tracer des empreintes avec leurs doigts pleins d’encre. En toute hâte, le père Noël, qui est un brave homme, se mit à essayer de déchiffrer ce charabia puis, en désespoir de cause, il appela sa fille afin qu’elle vienne l’aider. Après une bonne demi-heure, ils surent enfin qu’il s’agissait d’une bande de copains, tous animaux de naissance et qui réclamaient la visite du père Noël qui n’était jamais venu leur apporter le moindre cadeau. Ces amis regrettaient que le père Noël ne soit jamais venu les voir et, pour les cadeaux auxquels eux aussi avaient droit, ils ne voyaient pas d’autre solution que le père Noël vienne en personne dans la clairière de Beau Pré pour exaucer leurs souhaits.

pere noelVous comprenez bien qu’un vieil homme aussi sage que le père Noël ne pouvait se soustraire à ses obligations de générosité. Il partit donc pour la clairière de Beau Pré, la hotte pleine et l’esprit curieux. Une très jolie chatte blanche vint se frotter contre ses jambes dès qu’il arriva. Six autres animaux vinrent les rejoindre. Mis à part la minette, il y avait une cigale, un loup, un chien, une souris, une coccinelle et une chèvre.
– Miaou ! minauda-t-elle. Nous sommes bien contents que tu sois venu. Nous avons tous des souhaits pour nos cadeaux de Noël.
– Que veux-tu ?
– Moi, je voudrais une souris pour me distraire…
Avant qu’elle puisse ajouter quoi que ce soit, la minette fut brutalement interrompue par la souris qui ne l’entendait pas de cette oreille.
– Quoi ! hurla-t-elle, toi que je croyais mon amie, tu parles des gens de mon espèce comme si nous étions des jeux !

Dessin de Mick Stevens

– Mais, pleura la minette, toi ce n’est pas pareil.
– Peut-être aujourd’hui ! Mais au bout d’un moment, toutes les souris se ressembleront pour toi et…
– Ça suffit ! s’écria le père Noël. Je n’ai pas que ça à faire ! Toi, la souris, dis-moi ce que tu veux pour Noël !
– Moi, je voudrais un gros morceau de gruyère…
– Ah ! non, bondit le chien. Pas question ! Si tu commences à te gaver, tu vas prendre de mauvaises habitudes et le fromage que tu voleras ne viendra plus dans mon ventre à moi !
– Ça suffit ! s’impatienta le père Noël. N’avez-vous pas honte ? Vous disiez dans la lettre que vous étiez des amis ! Drôle de façon de voir l’amitié, non ? Alors toi, le chien, que désires-tu pour Noël ?
– Moi, je voudrais une belle rose pour offrir à ma fiancée, une magnifique petite caniche…
– Permettez, s’il vous plaît, murmura la coccinelle de sa petite voix. Je ne suis pas d’accord ! Toi, le chien, tu vas tellement faire plaisir à ta fiancée que tu viendras ensuite chaque jour cueillir les roses sur lesquelles vivent les pucerons dont je me nourris et…

– Ça suffit ! rugit le père Noël. Vous commencez vraiment à m’agacer ! Toi, la coccinelle, que veux-tu pour Noël ?
– 
Je voudrais qu’il n’y ait plus que des rosiers dans le jardin, afin de ne jamais manquer de nourriture…
– 
Eh ! là, bêla la chèvre. Ce n’est pas possible ! S’il n’y a plus de légumes dans le jardin, je mourrai de faim ! Il n’en est pas question.
– 
Ça suffit ! ronchonna le père Noël. Vous êtes bien pires que des enfants gâtés. Alors, la chèvre, que veux-tu pour Noël ?
– 
J’aimerais beaucoup changer de voix afin de pouvoir chanter…
– 
Rien que ça ! hurla la cigale. Ici, la chanteuse, c’est moi et personne d’autre. Il ne manquerait plus que ça : une chèvre qui chante…
– 
Ça suffit ! vociféra le père Noël. Vous allez finir par me faire perdre mon sang-froid, pourtant, pour un homme du nord comme moi, il faut vraiment y mettre de la bonne volonté ! Alors, la cigale, que veux-tu pour Noël ?
– 
Je voudrais faire un grand concert réunissant tous les animaux du pays…
– A
h ! voilà une excellente idée, approuva le loup en se léchant les babines.

Loup solotareff

Ces paroles jetèrent un froid au sein de la petite assemblée. Il y eut un silence, puis la cigale reprit la parole :
– 
Finalement, une place dans une émission de télévision m’irait très bien.
Ravi, le père Noël sortit de sa hotte un billet d’entrée pour la télévision, assorti d’une lettre de recommandation et la cigale, ravie, partit avec son cadeau.
– 
Finalement, dit la chèvre, j’aimerais bien un jeu de karaoké pour pouvoir m’entraîner tranquillement chez moi.
Le père Noël sortit de sa hotte le jouet convoité et la chèvre rentra chez elle sans plus attendre.
– 
Finalement, dit à son tour la coccinelle, ce serait bien d’avoir un livre qui m’expliquerait comment élever les pucerons. Comme ça, je ne manquerai jamais de nourriture…
Le père Noël chercha dans sa hotte et en sortit un très bel ouvrage intitulé : « L’art et la manière d’élever des pucerons ». La coccinelle prit son cadeau et, tout en le feuilletant, s’éloigna de la clairière.
– 
Finalement, dit le chien, je voudrais offrir une belle plante verte que ma bien-aimée pourra entretenir chaque jour en pensant à moi.
Le père Noël fouilla dans sa gigantesque hotte et en sortit un très beau cyclamen que le chien emporta délicatement entre ses pattes.

cyclamen
– 
Finalement, dit à son tour la souris, j’aimerais un billet d’avion pour la Hollande. Il paraît que dans ce pays ils ont toutes sortes de fromages…
Le père Noël trouva bien vite le billet d’avion demandé et la souris rentra chez elle, des rêves plein la tête.
– 
Finalement, dit la minette, il me faudrait une souris mécanique. Ce sera tout aussi amusant qu’une vraie souris…
À son tour, la petite chatte reçut son cadeau et quitta la clairière de Beau Pré. Le loup et le père Noël se retrouvèrent seuls. Le père Noël chercha dans sa hotte et tendit un carnet au loup.
– 
Voilà pour toi, dit-il. Ce sont des billets d’entrée gratuits pour le restaurant « Gargantua ». Il y en a cinquante-deux. Cela te fera un fabuleux repas par semaine, jusqu’à ma prochaine visite. Ce restaurant est réputé pour fournir de la nourriture à volonté à ses clients. Tu pourras manger à satiété…
– 
Merci beaucoup. Je suis comblé…
– 
Tu m’as rendu un fier service en intervenant dans ces querelles. Je suis très admiratif sur la façon dont tu as rétabli l’ordre.
– 
Oh ! vous savez, j’ai toujours réussi à les mettre d’accord…

NOTES

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