Quel petit vélo…?

PerecAvec Quel petit vélo…? – pièce inspirée du roman de Georges Perec Quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cour ? – la saison culturelle de Circa démarre très bien. Je ne connaissais pas ce texte de Perec, mais j’y ai retrouvé tout ce que l’on peut attendre de cet écrivain oulipien, maître de la langue française et de toutes les possibilités pour la décliner.

“ C’était un mec, il s’appelait Karamanlis, ou quelque chose comme ça : Karawo ? Karawasch ? Karacouvé ? Enfin bref, Karatruc. En tout cas, un nom peu banal, un nom qui vous disait quelque chose, qu’on n’oubliait pas facilement. […] Et parmi ses copains, y’avait un grand pote à nous, Henri Pollak soi-même, maréchal des logis, exempt d’Algérie et des T.O.M. (une triste histoire : orphelin dès sa plus tendre enfance, victime innocente, pauvre petit être jeté sur le pavé de la grande ville à l’âge de quatorze semaines) et qui menait une double vie : tant que brillait le soleil, il vaquait à ses occupations margistiques, enguirlandait les hommes de corvée, gravait des coeurs transpercés et des slogans détersifs sur les portes des latrines. Mais que sonne la demie de dix-huit heures, il enfourchait un pétaradant petit vélomoteur (à guidon chromé) et regagnait à tire-d’aile son Montparnasse natal (car il était né à Montparnasse), où que c’est qu’il avait sa bien-aimée, sa piaule, nous ses potes et ses chers bouquins, il se métaphormosait en un fringant junomme, sobrement, mais proprement vêtu d’un chandail vert à bandes rouges, d’un pantalon tirebouchonnant, d’une paire de godasses tout ce qu’il y avait de plus godasses et il venait nous retrouver, nous ses potes, dans des cafés où c’est que nous causions de boustifaille, de cinoche et de philo.

vélo

Dans cet extrait assez long du début du récit, nous avons un petit aperçu de cette magnifique appropriation de la langue française telle que la pratiquait Georges Perec. Ce jongleur des mots détournait les syllabes, les conjugaisons, les sonorités jusqu’à obtenir ce phrasé jubilatoire superbement mis en scène par Jean-Jacques Mateu. Ce texte est absolument délirant, ponctué de références littéraires et de détournement incessant des mots. On ne sait parfois plus vraiment qui est ce Karamanlis. Les situations burlesques se succèdent sur un rythme effréné. De la haute voltige littéraire… Un vrai régal !

NOTES

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