Au fil de la Loire

Les souvenirs s’accumulent comme les alluvions des fleuves. Lentement, sans ordre, sans contrainte, les strates de la mémoire se posent dans le lit de nos esprits. C’est ainsi que la Loire, fleuve alambiqué qui s’insinue entre des rives fluctuantes et sablonneuses, charrie chaque jour les dépôts souterrains de nos âmes vagabondes. L’été s’en est allé, mais la mémoire conserve ces visions impressionnistes d’un fleuve majestueux qui ignore le temps et ses vicissitudes. Ainsi en est-il de la Loire qui s’étire et scintille entre ses berges où les saules et les peupliers se balancent entre le gris argenté et la souplesse volage de feuillages ligériens.

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Il existe au bord de ces rives, un village au nom singulier : La Possonnière. C’est là que nous avions choisi de nous poser pour ces trop brèves journées de repos annuel. Quel plaisir ! Quelle lumière ! Quel calme ! Le silence enfin nous permettait ces retrouvailles trop rares avec la nature, ces moments essentiels à la vie où seuls quelques cris d’oiseaux venaient troubler les douces heures matinales. Instants précieux de retour sur soi, paisibles et harmonieux, où l’on oublie enfin les tourments et les rythmes de nos vies citadines et étriquées. La Loire s’écoulant de toute éternité faisait resurgir les mots d’Hermann Hesse dans Siddharta :

“ Bien souvent déjà il avait entendu toutes ces choses, bien souvent les voix du fleuve avaient déjà frappé ses oreilles, mais aujourd’hui ces sons lui semblaient nouveaux. Il commençait à ne plus bien les distinguer ; celles qui avaient une note joyeuse se confondaient avec celles qui se lamentaient, les voix mâles avec les voix enfantines, elles ne formaient plus qu’un seul concert, la plainte du mélancolique et le rire du sceptique, le cri de la colère et le gémissement de l’agonie, tout cela ne faisait plus qu’un, tout s’entremêlait, s’unissait, se pénétrait de mille façons. Et toutes les voix, toutes les aspirations, toutes les convoitises, toutes les souffrances, tous les plaisirs, tout le bien, tout le mal, tout cela ensemble, c’était le monde.”

Lorsque viendront les jours d’automne, humides et brumeux, puis les moments givrés et lumineux de l’hiver, lorsque la nostalgie de la langueur estivale me gagnera, je fermerai les yeux pour retrouver sous mes paupières le miroitement enchanteur de la Loire…

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NOTES

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