Les sept vies de Zizou la moustiquette (11)

Ninon et Merlin

Ninon est une jolie petite fille qui a la légèreté de Zizou la moustiquette, un petit nez retroussé hérité d’Hua l’éléphantine, une agilité semblable à celle de Tipitt l’hirondelle et le regard sombre et perçant d’Hora, femelle faucon de sa quatrième vie. Mais elle a en plus cette tristesse qui ne l’a plus quittée depuis qu’elle a perdu Tip, son amoureux.
Ninon a douze ans. Elle habite dans une vallée au pied de hautes montagnes où nichent des faucons pèlerins. Depuis qu’elle est toute petite, elle voue aux oiseaux une véritable passion et on comprend bien pourquoi… Dans son jardin, elle a installé de nombreux nichoirs où elle dépose régulièrement des graines. Ainsi, peu à peu, mésanges, moineaux, rouges-gorges et autres passereaux ont appris à ne pas la craindre et à s’approcher d’elle, certains venant même manger dans le creux de sa main. Elle espère toujours voir arriver Zuzou, mais quel animal sera-t-il cette fois ? Elle n’en sait rien. Elle se demande si lui aussi a été foudroyé…

nichoir

« Pauvre colombe, pense-t-elle, qu’es-tu donc devenue ? Mon Zuzou, qui es-tu maintenant ? Es-tu homme, oiseau, chien, chat, lièvre ou que sais-je encore ? Qui pourrait me le dire ?  »
Elle reste ainsi de longues heures assise dans son jardin, observant tous les êtres vivants qui passent près d’elle, espérant voir arriver son amoureux. Elle est sûre qu’elle le reconnaîtra, mais sait-on jamais… Elle s’est bien trompée dans les vies précédentes. Alors… En pensant à Hora qui aurait tué la colombe, si tous les Dieux réunis n’étaient pas intervenus pour l’en empêcher, il lui arrive de regarder ces rapaces avec rancoeur. Mais cela ne dure jamais longtemps car, dans le fond, elle les admire beaucoup.
Les jours, les mois, les années passent sans rien apporter de nouveau. La pauvre Ninon, qui est devenue une belle jeune fille, ne peut confier son secret à personne, pas même à sa mère qui est pourtant très compréhensive. Car enfin, qui pourrait croire une telle histoire ? On lui dirait qu’elle est folle… Maintenant qu’elle connaît les hommes, elle a appris à se méfier d’eux. Alors Ninon, pour oublier sa tristesse, passe de longues heures à se promener dans la vallée ou à s’occuper des animaux ses amis, au grand désespoir de ses proches… Un jour justement, au début de l’été, elle marche près de la rivière. Elle chante une petite chanson que vous connaissez bien :

Pique ! Pique !
Gratte ! Gratte !
Ze te pique.
Tu te grattes.

Elle répète sans arrêt ce refrain, espérant que Zuzou, s’il passe par là, entendra ce signal. Elle arrive à un endroit qu’elle connaît bien : c’est là qu’Hora fut foudroyée il y a dix-sept ans. Elle y vient souvent car elle se dit que son bien-aimé fera peut-être la même chose pour la retrouver. Hélas, jusqu’à présent rien de tel n’est arrivé… Mais, ce jour-là, il se passe enfin quelque chose. Elle termine juste son petit refrain :

     … Ze te pique…
          Tu te grattes.

À cet instant, elle entend, dans un taillis, un cri plaintif, un cri de douleur. Alors, sans hésiter, Ninon s’approche, le coeur battant, se disant qu’elle a peut-être enfin retrouvé Zuzou. Elle écarte les branches des arbustes et là découvre un petit chiot couché dans l’herbe qui essaie en vain de se relever. Sa patte avant droite saigne et la pauvre bête gémit en voulant à nouveau se

chiot

mettre debout. Affolée, Ninon vient tout près de lui et le caresse pour le rassurer. Pour la remercier, le petit chien lui lèche la main. Elle le prend dans ses bras ; il n’est pas bien lourd. C’est un tout jeune berger qui, sans doute, vient juste d’être sevré. Réfugié contre Ninon, il pleure doucement. À partir de ce moment, la jeune fille est persuadée d’avoir enfin retrouvé Zuzou. Elle murmure à l’oreille du chiot :
– C’est toi mon Zuzou, n’est-ce-pas ? Ne crains plus rien. Je vais te soigner…
Le petit berger n’a cessé de lui lécher la main, tout en la regardant avec de grosses larmes dans les yeux. Juste au-dessus d’eux, un merle est venu se poser et se met à chanter avec tant de force que Ninon lève la tête.
– Bonjour le merle, dit-elle, c’est pour nous que tu chantes ? Ma foi, tu as raison ; il faut chanter. Je viens de retrouver mon amour…

Merle noir Turdus merula Common Blackbird

La mélodie enjouée du passereau a repris mais, imperceptiblement, elle se charge de mélancolie. Ninon, elle, n’a pas le temps de songer aux états d’âme du merle : elle doit rentrer pour soigner la patte de son jeune protégé. Elle se lève donc, portant avec amour son précieux fardeau, puis s’éloigne en direction de sa maison tandis que sur sa branche l’oiseau, brusquement, s’est tu…

À suivre

Merci à Didier Collin pour la photo du merle.

 NOTES

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