Les sept vies de Zizou la moustiquette (9)

Le faucon et la colombe
(suite)

Bien nourris par leur père, les petits grossissent vite. Ils sont maintenant recouverts d’un épais duvet blanc et leur mère n’est plus obligée de les couver. Elle survole le coin, prête à intervenir à la moindre attaque. Tenez, profitons que les enfants sont seuls pour les présenter : les deux plus petits, contrairement à ce que vous pourriez penser, sont les mâles, Hor et Isor, et la petite grosse c’est la femelle, Hora. Et, dans cette histoire, c’est Hora qui nous intéresse. Pourquoi ? Eh ! bien nous allons la surveiller de près et vous comprendrez…
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Voici le père faucon qui revient avec un pigeon. Sur le rocher, c’est un peu la confusion, les petits se bousculant pour avoir leur part du butin. Quand ils ont fini de manger, Hor et Isor s’endorment dans les cailloux, tandis qu’Hora, bien dressée sur ses pattes, contemple devant elle le précipice qu’il faudra affronter pour savoir voler. Oui, Hora n’a qu’une idée en tête : grandir et savoir voler. Alors, sur sa plate-forme rocheuse, inlassablement, elle s’entraîne, se soulève, volette, retombe, tandis que ses frères, eux, ne songent qu’à dormir ou se chamailler.
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Les semaines passent : les jeunes faucons grandissent. Peu à peu, leur plumage d’adulte apparaît. Fini l’épais duvet blanc ; ils ont maintenant un bel habit couleur de feuilles mortes et, sur le plastron, des plumes blanches et noires dessinent comme des larmes. Hora qui, depuis quelques jours, ne cessait de voleter au-dessus de l’aire, est immobile au bord du précipice. Ses yeux fixent l’horizon comme si elle cherchait quelque chose. Soudain elle se retourne, observe ses deux frères qui se chamaillent en piaillant comme à leur habitude, lève la tête vers sa mère perchée un peu plus haut puis, regardant le vide en dessous d’elle, faucon6brusquement elle ouvre ses ailes et s’élance… Grisée par son audace, elle n’a aucune peur même si, elle le sait bien, ses mouvements ne sont pas très assurés. Il y a si longtemps qu’elle attend cet instant et cette fois ça y est : elle vole… De loin, son père l’a vue faire ; il s’approche d’elle et l’accompagne jusqu’à un pic d’où ils peuvent contempler toute la vallée. Ils restent ainsi côte à côte un long moment. Immobiles, ils scrutent tous deux le paysage en contrebas. Pour lui, c’est l’observation habituelle qui précède la chasse ; pour elle, ce n’est que le regard neuf d’un rapace aux premiers jours de sa puissance. Soudain son père aperçoit un groupe de pigeons gris se détachant sur le feuillage sombre des arbres. Alors, superbement, il décolle et
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prépare son attaque surprise tandis qu’Hora, qui n’a pas bougé, découvre avec intérêt cette astucieuse tactique. Elle voit tout : l’immense courbe dans le ciel, la descente en piqué, la panique des oiseaux et la capture d’un jeune sachant à peine voler. Le rapace revient ensuite près d’elle et lui livre le pigeon encore vivant. Puis il repart, laissant sa fille à son destin…
Alors commence pour Hora une nouvelle vie. Jour après jour, elle apprend à chasser, comme son père lui a enseigné, mais ses premières tentatives ne sont pas souvent couronnées de succès. Parfois le mouvement circulaire qui précède l’attaque n’est pas assez important et les oiseaux alertés précocement s’enfuient avant qu’elle n’ait pu fondre sur eux. Il arrive aussi que sa vitesse ne soit pas suffisante au moment décisif ou bien qu’elle ne réussisse pas à saisir sa victime. Enfin, voulant capturer un lièvre ou un mulot, elle est parfois surprise par la rapidité de fuite de ces rongeurs. Heureusement l’abondance de jeunes animaux à cette époque de l’année lui facilite grandement la tâche et, très vite, elle perfectionne toutes les finesses de chasse de sa race. Lorsqu’elle est repue, elle reste sur son observatoire préféré, un pic où, des heures durant, elle scrute les alentours à la recherche d’autre chose qu’une simple grive ou même un lièvre.

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Oui, Hora guette… Elle ne se lasse pas de contempler les hirondelles qui voltigent en criant dans le ciel d’été :

Tiip… Tiipiitt… Tiip… Tiipiitt… Tiip… Tiip… Tiip… 

Dans ses yeux de faucon, il y a de la tristesse… Ce qu’elle cherche ainsi obstinément, c’est bien sûr l’hirondelle qu’elle a tant aimée autrefois. Elle se souvient de Tip avec douleur ; elle repense avec attendrissement aux jeux aériens qu’ils avaient ensemble lorsqu’elle s’appelait Tipitt. Elle n’oublie pas, elle n’oublie rien, pas même sa première vie, pourtant si éphémère. Chaque fois qu’elle changeait de peau à son retour sur terre, il y avait toujours un signe qui rappelait les difficultés vécues par le précédent animal : le dard écorné de Zizou la moustiquette devenu la trompe raccourcie d’Hua, ou bien la léthargie fatale à Tipitt. Pourtant, cette fois, son bec était normal ; elle ne se transformait pas en statue de pierre à la moindre somnolence… Non, rien de tout ça, simplement la tristesse d’avoir perdu son bien-aimé…

À suivre

Merci à Benoît Henrion pour ses photos. Découvrez son blog.

NOTES

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