Les sept vies de Zizou la moustiquette (6)

Les deux hirondelles
(suite) 

Deux semaines plus tard, les deux parents attendris virent les coquilles se lézarder les unes après les autres pour chaque fois libérer une tête ébouriffée dont le bec s’ouvrait aussitôt et piaillait avec force pour réclamer de la nourriture. À partir de cet instant, la vie devint très compliquée pour nos deux oiseaux car il fallait nourrir les quatre petits hirondeaux et ce n’était pas rien ! Sans cesse, Tip et Tipitt, à tour de rôle, volaient, gobaient des insectes, revenaient au nid et repartaient. Ils ne s’arrêtaient jamais : les oisillons avaient toujours faim… Pour arranger tout, les pauvres parents ne voulaient pas capturer de moustiques, – on comprend pourquoi ! – ce qui fait qu’il ne leur restait que les mouches, les moucherons, de petits papillons et parfois des cousins  – et là c’était du beau gibier ! Évidemment ils avaient souvent envie de se reposer, mais s’ils restaient immobiles plus de cinq minutes, on sait ce qui pouvait leur arriver…

hirondelle 5

Quand les petits dormaient, ils pouvaient enfin s’arrêter, mais de vrai sommeil il n’était point question car l’accalmie ne durait jamais très longtemps et les quatre becs, qui se rouvraient l’un après l’autre, rappelaient aux pauvres hirondelles leurs devoirs de parents.
Ce fut vraiment une période très dure. Ensuite les choses commencèrent à s’arranger un peu lorsqu’il y eut les premiers cours de vol et les repas qui les accompagnaient. Tip s’occupait des deux garçons et Tipitt des deux filles. Ils apprenaient tous bien même si, de temps à autre, ils rataient un peu leurs zigzags. La plus jeune des filles, en particulier, progressait moins vite que les autres. Elle était plutôt distraite et surtout très gourmande… Un jour, tandis qu’elle volait loin derrière le reste de la famille, elle tomba sur un nuage de moucherons qu’elle se mit à gober les uns après les autres avec application. Occupée comme elle était, elle ne vit pas son frère aîné qui arrivait vers elle dans un superbe looping. Ils se cognèrent très fort et la petite se fit sévèrement réprimander par sa mère.

hirondelle 6Quand tous les jeunes surent très bien voler, il fallut songer au départ vers l’Afrique car la fraîcheur arrivait et les jours raccourcissaient irrémédiablement. Il était important de quitter la France au plus vite avant les premiers froids qui pourraient être fatals à nos oiseaux. Déjà, depuis plusieurs jours, toutes les hirondelles des environs se rassemblaient sur les fils électriques, discutant entre elles du prochain voyage. Les jeunes s’inquiétaient de cette aventure inconnue et, rassurantes, les plus anciennes leur promettaient une vie meilleure sous le généreux soleil d’Afrique. Enfin, le grand moment arriva ; chacun oublia ses peurs et, les uns après les autres, les oiseaux prirent leur vol, tandis que sur la terre les hommes regardaient avec tristesse disparaître ces messagers du printemps…

hirondelle 7Tip volait en avant avec ses deux garçons et la fille aînée qui était aussi rapide que ses frères. Tipitt et la plus jeune les suivaient à distance. Il était convenu que le premier groupe s’arrêterait régulièrement pour attendre les deux femelles qui se fatiguaient plus vite. Tout se passa bien les premiers jours et la famille avançait bien dans ce long voyage. Malgré tout, Tip s’inquiétait beaucoup car sa compagne était de plus en plus lasse, mais elle le rassurait en disant qu’elle en avait vu d’autres et qu’il ne pouvait rien lui arriver…
Un matin, Tipitt, qui n’avait cessé de manger des cousins, abondants en cette saison, décida de se reposer sur un fil électrique. Elle pensait rester là quelques instants pour reprendre son souffle. Grand mal lui en prit : exténuée par ces longues journées de vol, elle s’endormit…
Pendant ce temps, la dernière de la famille voletait dans les environs, gobant avec voracité mouches et cousins qui passaient devant son bec. Elle avait oublié sa mère, son père, ses frères et même le voyage en Afrique, se concentrant goulûment sur ces friandises que le ciel lui offrait. Elle ne vit donc pas ce qui arrivait à Tipitt : la pauvre hirondelle, submergée par un pesant sommeil, devint aussi dure que du bois et tomba de son perchoir dans un fourré… Elle avait retrouvé la consistance d’une statue.

À suivre

Merci à Michel Lamarche pour la première photo. La dernière est de John Wright. On peut la retrouver sur le site Ornithondar.

NOTES

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