Les sept vies de Zizou la moustiquette (5)

Les deux hirondelles

Deux hirondelles, s’échappant d’une case en Afrique, commençaient ensemble une nouvelle vie. Tip était le nom du mâle, Tipitt celui de la femelle. Zigzaguant au dessus du village, ils découvraient le plaisir de voler librement en poussant de petits cris de joie  :

Tiip… Tiipiitt… Tiip… Tiipiitt… Tiip… Tiip… Tiip…

hirondelle

Il faut dire qu’ils avaient beaucoup de raisons d’être heureux : d’abord ils étaient très amoureux l’un de l’autre, ensuite ils savouraient le plaisir d’être ces oiseaux voltigeurs et rapides que tous envient, enfin ils venaient d’échapper à de tels périls… Eh ! oui, même si jeunes, ils avaient pourtant derrière eux une longue vie… Tip et Tipitt, qui faisaient maintenant des acrobaties dans le ciel, appréciaient leur légèreté et leur souplesse et riaient de leur lourdeur passée. On les avait libérés du bois et maintenant ils volaient, volaient à en perdre le souffle. Ils s’amusaient comme des enfants, s’élevant très haut dans le ciel si bleu et redescendant à toute allure pour venir raser hommes, arbres ou maisons. Ils étaient les as de la voltige…

hirondelle 2Quand vint le premier soir de leur vie d’hirondelles, ils se posèrent sur la plus haute branche d’un baobab. Blottis l’un contre l’autre, ils s’apprêtaient à dormir quand soudain ils sentirent tous les deux en même temps une étrange raideur qui envahissait leur corps. Tip, le premier, comprit ce qui leur arrivait :
– Tipitt, vite ! Il faut bouger sinon nous allons redevenir de bois comme les statues d’éléphants. Huor n’a sans doute pas très bien réussi notre transformation…
Comme sa compagne ne réagissait pas, péniblement il se souleva et se mit à voleter autour d’elle, la piquant de temps à autre avec son bec, pour tenter de la réveiller. Finalement, elle secoua une aile, puis l’autre. Ils étaient sauvés ; le charme était rompu… du moins pour l’instant. Ils comprirent soudain que leur vie d’hirondelles ne serait sans doute guère plus simple que les précédentes. Chaque nouvel animal conservait des traces des événements passés ; ils le savaient désormais. Éléphants, ils en avaient déjà fait la triste expérience : Hua avec sa trompe aplatie, douloureux souvenir de sa vie de moustiquette, et Huo tendre et fragile, comme le petit insecte qu’il avait été. Et maintenant qu’ils étaient deux hirondelles la malédiction du sorcier africain les poursuivait : s’ils restaient trop longtemps immobiles, ils redevenaient deux animaux de bois…

hirondelle 4Ayant compris tout cela, ils réfléchirent ensemble à ce qu’ils devaient faire. La première, Tipitt prit la parole :
– Il nous faudra ménager nos forces si nous ne pouvons pas dormir. Tiipiiit ! Tiipiitt !
– Et surtout nous serons obligés de nous reposer à tour de rôle. Tiip ! Tiip ! Celui qui sera de garde devra surveiller l’autre pour l’empêcher de s’endormir. Tiip ! Tiip ! Ce ne sera pas facile…
Ils parlaient en secouant leurs ailes pour ne pas céder au sommeil. Ils apprirent ainsi à toujours bouger un peu lorsqu’ils se reposaient.
Le jour suivant, ils décidèrent d’entreprendre le voyage de retour vers la France qu’ils avaient quittée il y avait bien longtemps, lorsqu’ils n’étaient encore que des moustiques. En Afrique, il faisait vraiment trop chaud et il était difficile de bouger sans cesse dans ces conditions ! Les folies de la veille pour essayer leurs ailes toutes neuves étaient terminées. Ils avaient devant eux une longue route et, ne pouvant guère se reposer, ils devaient être très prudents, mais l’amour qu’ils éprouvaient l’un pour l’autre les aidait beaucoup. Ils arrivèrent même à dormir à tour de rôle ! Celui qui était de garde bougeait sans cesse les ailes ou la tête de l’autre avec tant de tendresse que son sommeil n’était pas dérangé.

hirondelle 3Le voyage dura longtemps : trois semaines ? Un mois ? Ils ne savaient pas très bien. Mais quand enfin ils arrivèrent près du lac où était née Zizou, ils connurent tous deux une joie immense : il y avait tout près de là une maison en ruines où ils purent construire leur nid. Oui, vous avez bien compris : leur nid ! Car Tipitt était sur le point de pondre des oeufs… Alors, une journée entière, Tip, malgré la fatigue du voyage, ramassa de la terre argileuse et des herbes sèches avec lesquelles, amoureusement, patiemment, il façonna la maison douillette où leurs petits verraient le jour. C’était une solide construction dont il était très fier. Il l’avait accrochée à l’une des poutres qui, naguère, soutenait le toit de l’habitation. Le soir venu, Tipitt s’installa dans le nid et, le lendemain matin, il y avait, enfouis dans les brindilles, quatre petits oeufs que notre hirondelle se mit à couver avec amour…

 À suivre

Merci à Michel Lamarche pour les photos.

NOTES

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