Les sept vies de Zizou la moustiquette (4)

Hua l’éléphantine
(suite) 

Cette année-là, dans la savane, la sécheresse fut très grande et les éléphants, groupés au bord de l’unique point d’eau, attendaient tristement la saison des pluies. Or, un soir, arriva la pire chose qui soit : le feu ! Les grandes herbes, jaunies par des semaines d’aridité, s’embrasèrent comme de la paille et les flammes, attisées par un vent destructeur, coururent très vite sur toute la savane. Affolés, tous les animaux fuyaient ce cauchemar, cherchant un endroit où se réfugier. Les milliers de sabots précipités dans ce galop infernal faisaient trembler le sol dévasté de la terre africaine. On entendait de très loin la fuite éperdue du troupeau d’éléphants qui ponctuaient leur course de barrissements terrifiés… feu

Hélas ! Huo, qui était chétif, se fatiguait beaucoup dans cette lutte mortelle et arriva ce qui devait arriver… Alors que tous les animaux allaient enfin trouver refuge, à des kilomètres de leurs territoires respectifs, dans un point d’eau plus large que les autres, Huo se prit la patte avant dans une racine et tomba. Affolée, Hua essaya de l’aider à se relever mais le pauvre éléphanteau, qui avait dû se casser quelque chose, hurlait de douleur. Alors sa compagne se mit à trompeter, comme seule elle savait le faire :
– Houuu Houuu Houuu Huuu !
Houuu Houuu Houuu Huuu !
Entendant ce cri de détresse, les hippopotames, les rhinocéros et bien sûr les éléphants vinrent à leur secours. Ils arrivèrent juste à temps car déjà de grandes flammes léchaient herbes et arbustes dans le dos de nos deux amis. Utilisant avec ingéniosité et adresse queues, trompes et cornes, les mastodontes firent un brancard pour le petit Huo et le transportèrent ainsi jusqu’au point d’eau. Puis, pendant des heures interminables, les éléphants aspirèrent avec leur trompe le précieux liquide qu’ils recrachaient ensuite sur les flammes pour tenter de les repousser. Il faisait très chaud, même dans l’eau, et tous les animaux se demandaient s’ils allaient survivre…

elephants eauLorsque le jour se leva, tous étaient désespérés et convaincus de leur mort prochaine. Mais soudain on entendit le tonnerre ; des éclairs déchirèrent le ciel et enfin la pluie se mit à tomber, d’abord en grosses gouttes isolées, puis en une trombe puissante qui, très vite, éteignit le terrible incendie. Quand les nuages n’eurent plus de larmes à verser sur la savane, il ne restait plus qu’un désert noir et fumant, mais les animaux étaient sauvés… du moins, pour l’instant. Car les jours suivants furent très durs pour tous : il n’y avait plus une feuille, plus une herbe, plus une écorce à manger et très vite la faim se fit sentir…

elephants affamésLe troupeau d’éléphants marcha longtemps, longtemps. Un soir, ils arrivèrent près d’un village que le feu n’avait pas atteint. Il y avait là un peu d’herbe et de maigres arbustes. Ils attendirent la nuit et s’approchèrent. Huo et Hua, plus téméraires que leurs aînés, s’aventurèrent jusque sur la place du village. Flairant dans une case une odeur prometteuse, ils passèrent leur trompe par la porte et, ayant trouvé une marmite pleine de millet, ils se servirent copieusement. Seulement voilà, cette demeure était celle du sorcier… Lorsqu’il les entendit, il se leva doucement, prit sa canne magique et brusquement les frappa tous deux. C’est ainsi qu’Hua et Huo furent changés en petites statues de bois et allèrent rejoindre la collection du sorcier sur une étagère.

elephant bois 2Il y avait là toutes sortes d’animaux : des lions, des hippopotames, des antilopes, des rhinocéros, des hyènes et une dizaine d’éléphants dont un plus gros que les autres. Quand le sorcier, satisfait de sa nouvelle prise, se fut recouché et que tout fut à nouveau paisible, ces malheureuses bêtes, prisonnières du bois, se mirent à penser à voix haute. Étant donné leur petite taille, personne ne pouvait les entendre, pourtant les discussions allaient bon train. Huor, le plus vieux des éléphants, qui était aussi le chef de cette petite troupe, s’adressa aux nouveaux venus :
– Comment vous appelez-vous, mes enfants ?
– Huuu ! m’appelle Huuua.
– Eh bien ! tu es une drôle d’éléphantine !
– Huuu Fais. Huuu Fuis une HHompeHHe… Huuu ! Huuu !
– Tais-toi, pauvre petite folle. Si ta voix est comme le son d’une trompette, eh bien tu vas nous faire repérer ! Et toi, mon garçon, comment te nommes-tu ?
– Moi, c’est Huo.
– Mes pauvres enfants, vous êtes bien jeunes pour vous retrouver ici. Je vais faire quelque chose pour vous. À force de vivre près du sorcier, j’ai appris quelques-uns de ses secrets…
– Huuu ! Qu’allez-Fous Faire ?
– Voulez-vous avoir une deuxième vie ?
– Huuu ! Encore ! F’est déFa ma deuFième Fie. Huuu !
– Qu’étais-tu donc avant ?
– Huuu ! Une mouFHiqueHHe ! Et Fa n’a paF éHé FaFile.
– Veux-tu changer ?
– Houuuiii !
Se rappelant l’oiseau qui les avait amenés en Afrique quand elle était insecte, elle s’écria :
– Huuu Feux êHre Une HiHondelle !
Elle se disait qu’ainsi elle pourrait aller où elle voudrait…
– Très bien, répondit Huor. Et toi Huo, que désires-tu ?
Je veux rester avec Hua…
– Donc tu seras également une hirondelle.
– Mais comment allez-vous faire ?
– Faites-moi confiance et n’ayez pas peur.
Alors, imperceptiblement, la grosse statue d’Huor se rapprocha des deux éléphanteaux. Doucement, tout doucement, il les poussa jusqu’au bord de l’étagère et bientôt les deux figurines d’Hua et Huo tombèrent dans le vide. En touchant le sol, elles se brisèrent et, libérées de leur gangue de bois, deux hirondelles s’échappèrent par la porte de la case…

À suivre

NOTES

 

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