Les sept vies de Zizou la moustiquette (3)

Hua l’éléphantine

Un jour, dans la savane africaine, naquit une éléphante que ses parents appelèrent Hua et qui, très tôt, eut également un surnom : « l’éléphantine ». Pourquoi ce surnom ? Eh bien voilà ! Lorsque Hua vint au monde, toute la tribu s’aperçut immédiatement qu’elle avait quelque chose de bizarre : sa trompe était moitié moins grande que la normale et, au lieu de se rétrécir au bout, comme pour tout éléphant digne de ce nom, la sienne s’élargissait, ce qui lui donnait vraiment une drôle d’allure. Alors tous ses congénères la baptisèrent « l’éléphantine » car elle ressemblait à un éléphant sans en être vraiment un… huaCe que tous ignoraient c’était qu’Hua l’éléphantine était en réalité la deuxième vie de Zizou la moustiquette, revenue sur terre après avoir été écrasée par un homme africain. Zizou, pas folle, avait voulu cette fois prendre l’aspect d’un gros animal : ce fut donc Hua l’éléphantine. Seulement voilà, la gourmandise de Zizou l’avait conduite à piquer des bêtes à la peau trop coriace et, dans l’histoire, elle avait abîmé son beau dard étincelant comme une épingle… Cette pénible aventure valut à Hua de naître avec une trompe au bout aplati : c’était l’ancien dard à moitié écrasé de Zizou la moustiquette ! Toujours est-il que cette trompe bizarre était un sujet de moquerie pour les frères d’Hua et ensuite tous les éléphants du coin… Il arrivait à notre pauvre éléphantine de regretter son ancienne vie où elle aurait pu se venger de tant de cruauté. Il y avait pourtant un éléphanteau plutôt malingre qui la suivait partout et cherchait son amitié ; mais Hua qui, en changeant de peau, avait pris un sale caractère, ne cessait de le repousser.
huoElle grandit ainsi et vint le jour où elle sut parler. Mais hélas ses premiers mots déclenchèrent l’hilarité générale :
– Huuu ! m’appelle Huuua. Huuu ! PouHquoi Huuu ! Hiez-vous ? Huuu !
Et oui ! Elle parlait du nez et, de temps à autre, sa voix ressemblait au son d’une trompette !
Vexée par ces rires injustes, elle partit pleurer dans un taillis…
– Houuu Houuu Houuu Huuu !
Houuu Houuu Houuu Huuu !
Alarmée par les pleurs et les coups de trompette de la pauvre Hua, Elea, sa mère, finit par la trouver, se coucha près d’elle et la câlina.
– Il ne faut pas pleurer Hua ! Ils se moquent de toi mais, dans le fond, ils t’aiment bien tu sais…
Mais la pauvre éléphantine continuait à pleurer.
– Houuu Houuu Houuu Huuu !
Houuu Houuu Houuu Huuu !
– Allons, dit Elea, il ne faut pas faire tant de bruit dans la savane. Tu vas attirer les lions et que ferons-nous alors ? Ils pourraient nous attaquer, nous dévorer peut-être !
– Huuu ! Eh bien ! Hant pis ! Huuu ! Huuu ! Comme Fa, perFonne ne m’embêHera plus ! Huuu !
– Il ne faut pas dire ça ma chérie. Tu es une belle éléphantine et je suis sûre qu’un jour tu seras heureuse.
Elles restèrent ainsi tout le jour, blotties l’une contre l’autre. Quand le soir arriva, elles rejoignirent le troupeau. Hua était très calme, mais aussi très triste… Elle ne disait rien, restant seule dans son coin…
Huo, l’éléphanteau maladif qui la suivait partout, l’observait à distance. Ah ! la solitude, lui aussi connaissait : son corps chétif se fatiguait très vite et les autres ne voulaient pas de lui dans leurs jeux. Huo attendit ainsi un bon moment ; il n’arrivait pas à se décider. Il faut dire qu’il avait un secret à révéler à la pauvre éléphantine, un secret qui, sans nul doute, lui rendrait le sourire. Mais il était si timide et puis Hua avait un fichu caractère…Soudain elle le regarda et enfin Huo, ragaillardi, s’approcha d’elle. Doucement, tout doucement, il la caressa du bout de la trompe et tendrement lui demanda :
huo hua– Veux-tu jouer avec moi ?
Butée, elle ne répondait pas.
– Tu ne veux pas ? insista-t-il.
Comme elle se taisait encore, il continua :
– Tu ne veux pas me parler ?
– Huuu ! Dès que Huuu paHle, Hout le monde Fe moque de moi. Huuu ! Ils diFent que Huuu Fuis une HHompeHHe. F’ils FaFaient pouHquoi Huuu Fuis comme Fa…
À ces mots, le coeur d’Huo se mit à battre plus fort. Sans réfléchir, avec beaucoup de tendresse et de malice, il lâcha cette phrase :
– Tu aimais mieux la vie de moustiquette…
Abasourdie, Hua le regarda longuement et, voyant dans ses yeux une flamme qu’elle connaissait bien, elle murmura enfin :
– FuFou ! F’est Hoi ? Mon peHit mouFHique !
– Eh ! oui, c’est moi, Zuzou, ton petit moustique…
– Mais comment est-Fe poFFible ?
– Quand tu as été écrasée, la tristesse m’a fait mourir juste après toi. Et quand je suis arrivé au Grand Marais, j’ai entendu ce que tu demandais à Zuzor avant de disparaître. Ensuite, c’était facile : je n’avais plus qu’à dire comme toi…
– Ah ! Mon FuFou… – Non, maintenant, je m’appelle Huo et je me fiche pas mal de ta voix de trompette ! Allez, viens avec moi…
Enfin heureuse, pour la première fois de sa vie d’éléphantine, Hua le suivit et ils commencèrent à jouer ensemble, courant et sautant partout. Quand Huo était fatigué, ils s’arrêtaient et se racontaient des histoires. Elle le faisait beaucoup rire en imitant le son de la trompette. À partir de ce moment, ils devinrent inséparables, à la plus grande satisfaction d’Elea.

À suivre  

NOTES

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