Rencontre ferroviaire…

gareIl arrive parfois que nous, « petites gens », nous croisions une de ces stars inaccessibles qui nous font rêver. Lorsqu’une coïncidence supplémentaire s’ajoute à cette rencontre fortuite, les faits s’éclairent d’une façon singulière. C’est un de ces moments magiques que l’on savoure avec délectation, sans doute en raison de leur rareté.
À l’occasion d’un voyage à Bordeaux, je devais prendre le train entre Auch et Toulouse. Je ne sais pas pourquoi, ce jour-là, j’hésitais dans le choix de ma place, changeant d’emplacement sans raison valable. Le wagon était presque vide ; il y avait encore vingt minutes d’attente. Pour finir, je m’étais installée dans la deuxième série de places derrière la cabine du conducteur. Un homme et une femme sont arrivés et quand l’homme a pris son sac et celui de la femme pour les hisser dans le porte-bagages, j’ai reconnu Jacques Gamblin. Je l’ai regardé avec insistance, il a fait de même. Je pense qu’à cet instant, il a compris que je savais qui il était et, bien sûr, pour un voyage d’une heure et demie, cela pouvait être extrêmement gênant. Imaginez la situation désagréable : être confronté à quelqu’un qui vous harcèle dans un train, sans aucune échappatoire. Mais je n’ai rien dit. Je crois qu’avec cet échange de regards, il a su que je ne l’importunerais pas.
J’étais placée dans le sens de la marche du train, lui dans l’autre. L’allée de voyageurs nous séparant, je pouvais facilement l’observer, discrètement, cela va de soi. Est-ce pour avoir plus de tranquillité qu’il est venu s’installer sur le siège d’en face, à côté de la femme qui l’accompagnait. Ainsi, pendant un moment, je ne voyais plus de lui que sa tête penchée sur un carnet ou son portable. Très vite, il a réintégré la banquette juste derrière la cabine du conducteur. Il a enlevé ses chaussures, enveloppé sa tête sans son écharpe, s’installant le plus confortablement possible pour dormir.
Moi, pendant tout ce temps, je lisais tranquillement et, de temps à autre, je le regardais dormir. J’ai pensé à la chanson de Georges Brassens  Les passantes qui raconte avec tant de poésie et de nostalgie ces croisements fortuits de deux êtres, instants figés dans l’éternité qui jamais n’auront de prolongement.
D’autres que moi auraient sans doute profité de l’occasion pour demander un autographe. Je ne l’ai pas fait ; je ne voulais pas le faire. Je m’imaginais sans peine ce que devait être la vie de cet homme lorsqu’on le reconnaissait dans un lieu public. J’estimais trop cet artiste pour envisager de créer un attroupement autour de lui, dans un petit train de province. Personne d’autre que moi ne l’ayant reconnu, il pouvait donc rester paisiblement à se reposer dans l’anonymat d’un voyage. Je réfléchissais… car je voulais quand même lui témoigner mon admiration.
Dans les derniers kilomètres du trajet, il a entrouvert les yeux et j’ai remarqué qu’il m’observait. Je souriais intérieurement car je savais comment agir à l’arrivée du train à Toulouse.
Je suis descendue la première sur le quai. Quand il est descendu à son tour, j’ai juste dit :
– Merci beaucoup pour votre spectacle d’hier soir. C’était vraiment trop bien !
jgamblinIl m’a regardé, un peu interloqué, et il a fait « ah ! » J’ai dit « au revoir » et il est parti. Je ne le reverrai jamais bien sûr, sauf sur une scène. Le « Au revoir ! » ne veut vraiment rien dire…
La veille, j’étais  au théâtre d’Auch dans une petite loge, au deuxième rang, et j’avais bien du mal parfois à apercevoir le magnifique acteur qui, seul en scène, nous livrait les mots de Romain Gary dans La nuit sera calme. Toute la soirée, je m’étais balancée sur mon fauteuil, d’un côté et de l’autre, pour distinguer Jacques Gamblin sur la scène. Quelle belle revanche, le lendemain, de l’avoir sous les yeux de façon aussi proche ! Merci pour tout, Monsieur Gamblin…

NOTES

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